Découvrez l’étude Décarbonation et finance durable de Finance Montréal
Quand on parle du rôle de la finance dans la transition climatique, on pense d’abord aux grandes institutions. Pourtant, 99,4 % des 6 831 entreprises québécoises du secteur des finances et des assurances sont des PME.
Une nouvelle étude de Finance Montréal montre comment ces entreprises peuvent faire de la décarbonation un levier de compétitivité, et non une simple contrainte. L’étude a été rédigée pour Finance Montréal par Rose des Vents, cabinet-conseil en finance durable.
Un poids collectif sous-estimé
Cabinets de courtage, gestionnaires d’actifs, firmes de services financiers : prises une à une, les PME du secteur ont une empreinte opérationnelle modeste. Prises ensemble, elles orientent une part importante des capitaux, du crédit et de la couverture de risque au Québec.
C’est là que se joue l’essentiel. Dans le secteur financier, les émissions dites « financées », liées aux activités d’investissement, de prêt et d’assurance, peuvent dépasser de plus de 700 fois les émissions des opérations elles-mêmes, selon le CDP, organisme international de divulgation environnementale. Chaque décision d’allocation de capital a donc un effet qui va bien au-delà des murs de l’entreprise.
Or, l’écart entre l’intention et l’action demeure important. Selon le Baromètre 2025 de Québec Net Positif, 84 % des entreprises québécoises jugent urgent de réduire leurs émissions, mais seulement 22 % ont réalisé un inventaire de GES, et 37 % disent aborder les enjeux climatiques au conseil d’administration.
Un enjeu de compétitivité autant que de risque
L’étude rappelle que le climat expose le secteur financier à des risques physiques et de transition qui touchent la valeur des actifs et la solvabilité des contreparties. En 2024, les événements météorologiques extrêmes ont coûté 9,4 milliards de dollars aux assureurs canadiens.
Mais elle insiste surtout sur la pression qui vient de l’extérieur : les attentes des investisseurs et des grands clients, eux-mêmes soumis à des exigences plus strictes, se répercutent sur les PME à travers les chaînes de valeur. Le cadre public se précise aussi. Ottawa a annoncé en avril 2026 la création du Conseil de la taxonomie et de la transition, et Québec a publié en juin sa Feuille de route en finance durable. Les PME qui structurent leur démarche dès maintenant se donnent une longueur d’avance.
Deux PME montréalaises, deux portes d’entrée
L’étude s’appuie sur deux gestionnaires de portefeuille montréalais certifiés B Corp, qui ont emprunté des chemins différents.
Chez Borealis GAM, le climat fait partie intégrante de l’analyse de risque de chaque titre, au même titre que la rentabilité ou la structure du capital. La firme s’appuie sur les cadres TCFD et SBTi pour évaluer les risques des entreprises en portefeuille et la crédibilité de leurs plans de décarbonation.
« Une entreprise qui adopte des pratiques durables peut développer une clientèle plus fidèle, prête à payer une prime pour les produits et services qu’elle offre. La durabilité ne relève donc pas uniquement de considérations environnementales : elle représente également un enjeu économique. »
Valérie Cecchini — associée gestionnaire, Borealis GAM
Chez Evovest, spécialisée en stratégies quantitatives fondées sur l’apprentissage machine, la démarche a commencé par ce que l’entreprise contrôle directement : ses propres pratiques. Transport en commun subventionné à 100 %, mesure et compensation intégrale des émissions opérationnelles, liste d’exclusions d’une centaine de titres. Sa cible de carboneutralité opérationnelle, fixée pour 2030, a été atteinte dès 2025.
« Décarboner ses opérations, pour une entreprise de services, c’est simple à faire. Je pense que c’est une montagne dans la tête des gens, mais réellement, ça peut se faire en un avant-midi. »
Carl Dussault — fondateur et PDG, Evovest
Six points d’entrée pour passer à l’action
L’étude propose un cadre pratique, à adapter selon la taille et les ressources de chaque entreprise. Il ne s’agit pas d’une séquence obligatoire :
- Comprendre ses principales sources d’émissions, en portant attention aux émissions financées.
- Ancrer le climat dans la gouvernance, à commencer par le conseil d’administration.
- Bien s’entourer, à l’interne ou à l’externe : 78 % des entreprises disent ne pas avoir accès à une expertise environnementale.
- Fixer des cibles de décarbonation, avec des jalons intermédiaires.
- Concevoir une stratégie adaptée à ses ressources.
- Suivre ses résultats et communiquer ses progrès avec transparence.
Le message central est clair : il n’est pas nécessaire d’avoir toutes les réponses pour commencer. Un premier calcul imparfait vaut mieux qu’une méthode idéale qui n’arrive jamais.
Cette étude s’inscrit dans I.M.P.A.C.T. (Industries mobilisées pour l’action climatique et la transition), une initiative menée par six grappes industrielles québécoises, dont Finance Montréal, avec le soutien financier du gouvernement du Québec dans le cadre du programme Action-Climat Québec. Elle prolonge le travail de la grappe pour renforcer le positionnement du Québec en finance durable.

